12 juillet 2026
Être loin manger des kinkhali voir des gens et souvent pas. Avoir été le témoin éloigné de sa terre qui brûle pendant que mon ventilateur rend l’âme et que ma fenêtre est ouverte sur les platanes mûriers. Dessiner tous les jours des mondes que les gens ne voient pas. Ouvrir des portes sur des temples zoroastriens dont le feu a cessé de brûler. Avoir les bonnes pensées, les bonnes paroles, les bonnes actions.
Marcher douze kilomètres et puis le lendemain rien. Le dessin me fait tout seul il me fait bien, Joseph dit que Leonardo n’avait que deux amis sinon quand on est artiste on fait rien. Plus le temps passe et plus je deviens tendre comme une viande de montagne, une herbe fraîche ou le vent de Kazbegi.
Les gens que je n’aime pas attendent que je leur écrive des messages dont ils pourront se plaindre tandis que ceux qui m’aiment n’ont rien à redire de mon absence car ils savent où ils sont aimés. Je croyais être parti pour ne jamais revenir mais je n’avais pas pensé revenir si près d’où je suis né. Cairo m’a rendu la vue et Tbilisi me dit où regarder.
18 avril 2026
Mon ascenseur n’a pas de porte je vois défiler les étages jusqu’au sixième, déplacement vertical dans la prière mécanique du haut parleur d’où grésille une sourate.
Manger sainement, dormir tôt, lever tôt, je sais l’heure qu’il est au miaulement du chaton à ma fenêtre et aux klaxons des autos. Marcher le long du Nil, descendre à l’église en bas de chez moi.
Parfois des femmes arabes en vacances me prennent en photo leurs enfants à côté de moi, j’ai les yeux verts et jaunes ils disent que c’est rare, je suis un souvenir de famille d’un pays que je ne connais pas.
11 avril 2026
Les pyramides sont à moi, je vérifie mille fois qu’elles sont toujours là et je n’aime pas quand je m’éloigne.
Les corbeaux se battent contre les chats, claquement des fouets et des sabots, moteur fin de vie de Peugeot 304, gens qui parlent fort en grands gestes. Jour, nuit.
Chaos, poussière, poubelles.
Je traverse les doubles voies comme un serpent entre les capots. J’achète oranges, dattes et Nivea.
Le soir, visage sablonneux, mains sales, yeux verts. Le soleil se couche sur le flanc de Khephren.
Je suis heureux d’être ici. Le bonheur n’est pas un mot facile chez moi. La réussite c’est bien, l’amour c’est encore mieux, mais être heureux comme ça au milieu d’un monde qui n’est pas censé être le mien ça n’a pas de mots.
23 avril 2026
Petit matin de lumière sur Cairo. Je suis à ma fenêtre et je regarde le monde animal qui se réveille. les chiens qui courent sur les trottoirs, le roucoulement des tourterelles et les chats qui s’étirent sur le toit des autos.
Toi que mon cœur a embrassé dans le désert. Toi que j’ai vu naître un matin d’avril entre deux pyramides.
Je te tiens tendrement dans ma mémoire et dans mon avenir et je te donnerai à la vie des autres, comme tu t’es donnée à moi.